Christian Dagnas, dit Bonnardo, dit Bonnard, dit Bonn’, dit Manfred, dit…

On l’aimait, Christian. Pionnier puis pilier du Club, il a été de toutes les époques, de tous les combats. De tous les fous rires, aussi. 

Il a été là pour la création du Tabagos Football Club, dans la salle du café A Tabago où nous nous sommes rencontrés, entre flippers Royal Flush, Spirit of 76 et autres Canada Dry, mais aussi autour des célèbres Pelforth-oeufs durs qui ont également fait sa légende.

Il a été là pour faire vivre ces années Tabagos, dans des soirées longues et enfumées pour faire le club et refaire le monde du football, dans la cave du 26bis rue Cassette. Il nous y a fait découvrir les Sparks, Trust et Peter Gabriel, il a même tenté de remplacer nos superbes maillots italiens par d’improbables maillots est-allemands découverts à Berlin Est durant son service militaire. Inutile de dire que la mafia italianophile du Club  l’a bien reçu…

Nos équipes de jeunes, c’était aussi grâce à lui. Gérer un petit frère fan de foot, avide de tout savoir sur la vie du Club, le plus simple était encore de le faire jouer. C’est ainsi que l’équipe cadette est née, donc aussi les minimes et les pupilles puisque leur championnat était groupé. Et qui pour diriger ces cadets ? Christian, bien sûr. Sur le terrain avec les seniors le matin, avec les jeunes l’après-midi : pas le temps de retirer ses crampons.

Sa légendaire  4L bleue a fait plusieurs tours de la terre à silloner les routes des stades. Pour y jouer, pour accompagner les joueurs et pour arbitrer. Avec son célèbre chrono à minutage variable…  Le coffre débordait de sacs de maillots, de pharmacies remplies de produits rarement autorisés, de packs d’eau parfaitement légale (avant savant mélanges, bien sûr).  

Mais elle a surtout conduit Christian sur les terrains, où il a créé le concept de couloir gauche, marquant l’Histoire et nos souvenirs. D’abord en tant qu’attaquant gauche, puis de défenseur.

Devant, c’était sous les couleurs du Tabagos FC. Christian a été le premier attaquant gauche à ne pas avoir de pied gauche. Mais alors son plat du pied droit, par contre, pardon ! Il a appris les lunettes brossées à Platini, les ouvertures sèches à Susic, les petits filets opposés à Simonsen.

Plus tard, à l’âge où les braves savent laisser la place aux jeunes qui croient tout savoir, il se replie sagement au poste d’arrière gauche pour contribuer aux grandes heures de l’Inter6. Il y réinvente le poste, forçant le respect des attaquants adverses à force de s’asseoir sur eux. Il enseigne la géométrie élémentaire aux juges de touche pour qu’ils puissent comprendre et appliquer la loi du hors-jeu. Christian invente aussi le rôle de piston, non pas pour des raisons tactiques, juste pour le plaisir tripal de chambrer son ailier droit sans la moindre interruption, tout au long du match. Certains disent aujourd’hui qu’avec des arbitres officiels, sa carrière aurait été très différente. A ceux-là, nous citerons Coluche, que Christan avait découvert et aimé bien avant tout le monde : « heu…c’est très exagéré ! »

Salut, Christian. On t’aime.

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